Délimitation:
Le périmètre d’intervention du Conservatoire a été défini en concertation avec les collectivités. Il comprend l’ensemble de l’isthme de Miquelon-Langlade, qui présente une grande fragilité. Ses limites Nord et Sud ont été définies de telle sorte qu’il réunisse l’ensemble des milieux naturels et de la biodiversité présents dans l’isthme. De plus, le périmètre coïncide avec des ensembles fonciers homogènes, pour constituer des unités de gestion cohérentes.
Le site global occupe une surface d’environ 2000 hectares et présente une biodiversité exceptionnelle sur des milieux naturels riches et diversifiés, qu’ils soient aquatiques ou terrestres :
- lagune en eau salée, comportant des bancs de sable
- étangs d’eau douce
- dunes actives et fixées
- prairies humides
- cordons de sable et de galets.
Présentation
L’isthme de Miquelon-Langlade est un tombolo double de 12 km reliant les deux îles principales de Miquelon et Langlade. Il fait partie des accumulations considérables de sables et galets édifiées par les glaces puis par la mer en cordons, localement appelés "dunes", qui ceinturent environ un tiers de l'archipel en isolant de vastes lagunes.
Par sa longueur, son type inter-insulaire et sa forme presque parfaite en Y, il constitue un exemple unique de la géomorphologie littorale pour l’Amérique du Nord et le littoral français. C’est le seul exemple de double tombolo dans l’Atlantique Nord.
Il présente en fait une double dissymétrie :
- dans le sens Nord-Sud, son enracinement est beaucoup plus large sur Miquelon (6,5 km) que sur Langlade (1,25 km), ce qui a conduit au décalage de son pédoncule (partie la plus étroite d’environ 150 m de large) vers le Sud.
- dans le sens Ouest-Est, entre les deux branches qui enserrent le Grand Barachois; celle de l'Est dépasse 1250 m de largeur alors qu'à l'Ouest, elle se réduit en plusieurs endroits à une mince cloison de moins de 50 m de largeur.
L’isthme renferme dans sa partie Nord, le Grand Barachois, une lagune triangulaire salée, d'environ 4 km de côté, dont le plan d'eau (entre 880 et 990 ha à mer haute) communique avec la mer par un goulet parcouru par de forts courants alternatifs de marée.
Principales unités
Les agents dynamiques, les matériaux, l'altitude mais aussi les associations végétales qui les fixent, permettent de distinguer 4 principaux ensembles morphologiques :
- les cordons dunaires : le principal aligne environ 45 "Buttereaux" (ou dunes) sur 5800 m au Nord-Ouest de l'isthme, dont le plus élevé au Sud atteint 20 m d'altitude. Ces formations éoliennes essentiellement fossiles se retrouvent à l'Est de la Pointe aux Cacaouis (sur 1300 m) et au Sud de l'isthme (sur 800 m).
- les cordons de plages (ou beach ridges) : ils forment des alignements parallèles de crêtes de haut de plages anciennes, à concavité tournée vers la mer (jusqu'à 78 cordons successifs sur 1400 m de large au Sud-Est du Grand Barachois et 50 sur environ 900 m au Sud de l'isthme) constitués de galet et sable, séparés par des sillons marécageux, souvent occupés au niveau de la nappe phréatique par des étangs d'eau douce ou saumâtre.
- la flèche de la Pointe aux Cacaouis au Nord-Est de l'isthme : elle mesure environ 1800 m de long par 400 m de large et est formée de 42 crochets sableux recourbés vers l'Ouest, crêtes littorales dont les plus élevées (9 m) ont été dunifiées.
- la lagune du Grand Barachois : son fond, couvert d'herbiers à zostère en dessous de 5m de profondeur, est constitué de sable provenant du sapement intérieur des dunes et des accumulations fluvio-glaciaires du Sud de Miquelon. Environ 200 ha de bancs de sable sont découverts à marée basse, séparés à l'Est par des chenaux profonds de 5 à 7 m et parfois colonisés par des bancs de moules. Des éléments plus grossiers, comme des blocs, provenant du lessivage des formations fluvio-glaciaires, mais aussi de l'échouage de matériaux transportés par les glaces flottantes sur la lagune, jalonnent ses rives, surtout au Nord.
Atouts et menaces
L’isthme sédimentaire de Miquelon-Langlade est particulièrement intéressant dans l’archipel par :
- son caractère unique et remarquable : c’est le seul double tombolo présent en Atlantique Nord, long de 12 km, avec une surface de 2000 hectares ;
- sa grande diversité en milieux naturels terrestres et aquatiques : une lagune en eau salée (le Grand Barachois), des bancs de sable, des étangs d’eau douce, des prairies humides, des dunes actives et fixées, des cordons de galets ;
- sa richesse faunistique et floristique : de nombreuses espèces d’oiseaux et quelques mammifères s’y succèdent tout au long de l’année (Canard noir, Fuligule milouinan, Pluvier argenté, Courlis corlieu, Renard roux…), dont certaines sont rares ou menacées, comme le Pluvier siffleur ou la Sterne arctique ;
- son intérêt pour les activités humaines : histoire, agriculture, chasse, pêche, cueillette, baignade, promenades, équitation….
Malheureusement, l’isthme est aussi très fragile, et sa pérennité est menacée par plusieurs facteurs d’origine naturelle (mer, vent et tempêtes), accentués par le développement des activités humaines inadaptées (surpâturage et piétinement de certaines dunes sensibles par les chevaux, circulation des véhicules motorisés hors piste, destruction de la végétation, comportements ou infrastructures inadaptés…).
En effet, tous ces éléments contribuent à l’érosion, en provoquant l’endommagement de la végétation (arrachage racinaire et piétinement) et la mise à nu des zones sableuses. Le vent provoque le départ de sable dans les crêtes et les pentes, et de grandes dépressions sont créées dans les Buttereaux.
Le passage des véhicules hors piste et sur les pistes occasionne des déplacements d’air importants, et donc de sable, ainsi que des vibrations qui provoquent un tassement du pied des dunes.
Le Conservatoire contribue à mettre en œuvre des moyens permettant de lutter contre cette érosion.